DPE : un nouveau changement pour avantager les logements chauffés à l’électricité ?

DPE : un nouveau changement pour avantager les logements chauffés à l'électricité ?

Le DPE, un outil central mais contesté

Depuis sa réforme en juillet 2021, le diagnostic de performance énergétique (DPE) est devenu un document juridiquement opposable, déterminant pour la mise en location ou la vente d’un bien immobilier. Il classe les logements de A à G selon leur consommation d’énergie et leurs émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, cet outil fait l’objet de critiques régulières, notamment de la part des propriétaires dont les biens sont chauffés à l’électricité.

Le problème est bien connu des professionnels du secteur : la méthode de calcul actuelle pénalise structurellement les logements équipés de radiateurs électriques, même lorsqu’ils sont récents et bien isolés. Cette distorsion alimente un débat de fond sur la pertinence du DPE à refléter fidèlement la réalité environnementale des habitations françaises.

Pourquoi l’électricité est-elle pénalisée dans le calcul actuel ?

La méthode dite « 3CL » (Calcul de la Consommation Conventionnelle des Logements), utilisée pour établir le DPE, repose sur un coefficient de conversion de l’énergie primaire fixé à 2,3 pour l’électricité. Concrètement, cela signifie que pour chaque kilowattheure électrique consommé dans le logement, le calcul comptabilise 2,3 kWh d’énergie primaire.

Ce coefficient, hérité d’une époque où la production électrique française était jugée moins efficace, ne reflète plus la réalité du mix énergétique actuel, dominé à près de 70 % par le nucléaire et les énergies renouvelables. Un appartement chauffé à l’électricité peut ainsi se retrouver classé E ou F, alors qu’un logement équivalent chauffé au gaz naturel obtient un meilleur score, malgré des émissions de CO₂ bien plus élevées.

« Le coefficient de conversion actuel de l’électricité dans le DPE date d’une autre époque. Il ne rend pas justice aux progrès réalisés dans la décarbonation du réseau électrique français. » — Observatoire de la Rénovation Énergétique

Quelle réforme est envisagée ?

Plusieurs pistes sont actuellement sur la table. La principale consiste à abaisser le coefficient de conversion de l’énergie primaire pour l’électricité, en le faisant passer de 2,3 à une valeur plus proche de 2,0, voire de 1,5 selon certaines propositions. Une telle modification aurait des conséquences directes et immédiates sur les étiquettes énergétiques de plusieurs centaines de milliers de logements.

D’autres propositions vont plus loin, en suggérant d’intégrer une pondération dynamique tenant compte des émissions de CO₂ en temps réel du réseau électrique, ou encore de mieux valoriser les équipements comme les pompes à chaleur et les chauffe-eaux thermodynamiques. L’objectif affiché est de rendre le DPE plus cohérent avec les objectifs climatiques de la France et avec la trajectoire de décarbonation du secteur électrique.

Les impacts concrets pour les propriétaires et les locataires

Si cette réforme aboutit, les conséquences seraient significatives pour de nombreux acteurs du marché immobilier :

  • Des logements actuellement classés passoires thermiques (étiquettes F ou G) pourraient remonter en D ou E, leur évitant ainsi l’interdiction de location progressive prévue par la loi Climat et Résilience.
  • Les propriétaires bailleurs concernés seraient soulagés d’une obligation de rénovation coûteuse, parfois difficile à financer.
  • Les acheteurs et locataires pourraient, en revanche, disposer d’une information moins sévère sur la performance réelle d’un bien.
  • La valeur verte des logements électriques sur le marché immobilier pourrait être revalorisée.
  • Les professionnels du diagnostic devront adapter leurs outils et leurs pratiques de calcul.

Il convient toutefois de nuancer : un logement mal isolé reste énergivore, quelle que soit l’énergie utilisée pour le chauffer. Abaisser le coefficient ne résout pas les problèmes structurels d’isolation.

Les critiques et les risques de cette évolution

Cette réforme ne fait pas l’unanimité. Les associations de défense des consommateurs et certaines organisations environnementales s’inquiètent d’un affaiblissement de l’incitation à rénover. Si des logements peu performants sur le plan thermique échappent aux obligations de travaux grâce à un simple changement de coefficient, le risque est de ralentir la dynamique de rénovation énergétique du parc immobilier français, qui reste l’un des leviers les plus puissants pour réduire les émissions nationales.

Par ailleurs, certains experts soulignent que le mix électrique français n’est pas figé. En période de forte demande hivernale, la France peut recourir à des centrales à gaz ou à charbon pour compléter la production nucléaire, ce qui dégrade ponctuellement le bilan carbone de l’électricité. Une réforme du coefficient devrait donc s’accompagner d’une réflexion plus large sur la saisonnalité de la consommation.

Quelle trajectoire pour le DPE dans les prochaines années ?

Le gouvernement a annoncé vouloir engager une révision globale de la méthode de calcul du DPE d’ici 2025-2026. Cette révision devrait également corriger d’autres biais connus, comme la sous-estimation des consommations réelles dans les très petits logements ou les difficultés d’évaluation des systèmes de chauffage collectif.

Dans ce contexte, il paraît probable que le coefficient de conversion de l’électricité soit revu à la baisse, mais dans quelle mesure et selon quel calendrier, rien n’est encore arrêté. Les concertations avec les professionnels de l’immobilier, les associations de consommateurs et les acteurs de l’énergie sont en cours. Une chose est certaine : le DPE va continuer d’évoluer, et les propriétaires ont tout intérêt à suivre de près ces changements réglementaires avant d’engager des travaux de rénovation.

Questions fréquentes

Pourquoi les logements chauffés à l’électricité sont-ils pénalisés par le DPE actuel ?
La méthode de calcul applique un coefficient de conversion de 2,3 à l’électricité, ce qui multiplie artificiellement la consommation d’énergie primaire comptabilisée. Ce coefficient ne reflète plus le mix électrique français, majoritairement bas-carbone.
Quand la réforme du DPE concernant l’électricité pourrait-elle entrer en vigueur ?
Aucune date officielle n’est encore confirmée. Le gouvernement évoque une révision globale de la méthode de calcul du DPE pour 2025 ou 2026, après concertation avec les parties prenantes.
Un logement classé F ou G pourrait-il changer de classe grâce à cette réforme ?
Oui, c’est l’un des effets attendus. Des logements chauffés à l’électricité actuellement classés en F ou G pourraient remonter d’une ou deux classes si le coefficient de conversion est abaissé.
Cette réforme signifie-t-elle que les logements mal isolés n’auront plus à être rénovés ?
Non. Un logement mal isolé reste énergivore indépendamment de l’énergie utilisée. La réforme du coefficient modifie le calcul, mais ne supprime pas la nécessité de rénover les bâtiments peu performants sur le plan thermique.
Le DPE prend-il en compte les émissions de CO₂ en plus de la consommation d’énergie ?
Oui, le DPE comporte deux indicateurs : la consommation d’énergie primaire (en kWh/m²/an) et les émissions de gaz à effet de serre (en kg CO₂/m²/an). L’étiquette finale retient le moins bon des deux résultats.